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Ignace PLEYEL
Les Pianos Pleyel
La Salle Pleyel

La Salle Pleyel

La salle Pleyel de 1927 à 1998

La Salle Pleyel est inaugurée le 18 octobre 1927 en présence du Président de la République, de nombreux ministres et ambassadeurs, de comtesses, duchesses, princesses, maharadjah, et de tout le Gotha musical, artistique et économique européen.

 

PROGRAMME DU CONCERT D' INAUGURATION

LE 18 OCTOBRE 1927

 

Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire

sous la direction de Philippe Gaubert

 

Wagner : Ouverture des Maîtres Chanteurs

Franck Variations Symphoniques

soliste : Robert Casadesus , piano Pleyel

Debussy Deux Nocturnes (Nuages – Fêtes)

de Falla Nuits dans un jardin d'Espagne

soliste : Robert Casadesus , piano Pleyel

(en présence de l'auteur)

Strawinsky Suite de l'Oiseau de Feu

sous la direction de l'auteur

Dukas L'Apprenti Sorcier

(en présence de l'auteur)

Ravel La Valse

sous la direction de l'auteur

Cette soirée est un triomphe pour Gustave Lyon, une apothéose pour le nom de Pleyel qui n'était, 130 ans auparavant, que celui d'un jeune immigré autrichien, devenu en un siècle synonyme de qualité artistique et de puissance économique.

Les archives Pleyel renferment une lettre manuscrite extraordinaire adressée à Gustave Lyon, au lendemain de cette soirée mémorable, par Le Corbusier. Le célèbre architecte exprime sa stupéfaction et son admiration pour la réalisation de la grande salle qu'il considère comme la réconciliation "du cœur et de la raison". Les deux hommes vont alors collaborer, au cours des années suivantes, à la réalisation de plusieurs projets.

Il est vrai que le grand auditorium qui compte alors 3000 places, est une réussite exceptionnelle d'un point de vue architectural et acoustique. G. Lyon est un passionné de cette science "inexacte" dont il refuse d'admettre que ce soit un mystère. Il a mené de nombreuses expériences en acoustique, et il a déjà corrigé avec succès la salle des fêtes du Trocadéro, puis de nombreuses autres salles de concerts. Il a acquis une réputation internationale de spécialiste dans "l'orthophonie des salles", et le titre de chef de "l'école française d'acoustique".

Malheureusement, moins de neuf mois après son ouverture, un incendie détruit le grand auditorium, et alors que le premier emprunt n'est pas encore remboursé, il faut de nouveau emprunter pour réparer les dégâts. Certains matériaux ne pourront plus être utilisés pour des raisons de sécurité, et l'acoustique va souffrir de ces modifications.

Mais surtout, la filiale de Pleyel qui gère l'immeuble, ne se relèvera pas de ce choc financier car la crise de 1929 est là, l'économie s'effondre, et après quelques efforts désespérés l'immeuble Pleyel devient, en remboursement des dettes, la propriété de sa banque : le Crédit Lyonnais (mai 1935).

Quelques mois auparavant, les pianos Pleyel avaient eux aussi déposé le bilan, et les deux sociétés allaient se trouver séparées pendant deux tiers de siècle.

La mainmise de la banque (nationalisée après la guerre) sur la Salle Pleyel durera 63 ans. Ce seront 63 années de gestion publique, peu consciente de l'instrument précieux qu'est Pleyel, ignorante de l'Ordonnance de 1945 qui oblige, entre autres, les responsables de lieux de spectacles à prendre leurs responsabilités, gestion stérile qui empêchera la salle d'acquérir une véritable identité.

Le Crédit Lyonnais ne voit en Pleyel qu'un immeuble "comme les autres", un immeuble de rapport qu'il suffit de louer à n'importe qui pour percevoir un loyer permettant à la société filiale gestionnaire de vivoter : Pleyel accueille donc des congrès politiques, des offices religieux, un match de boxe, des conférences de tout genre, des projections de films, des concours de coiffure, les tirages de la Loterie Nationale, des galas de variétés de troisième zone… Mais aussi…

Mais aussi des concerts extraordinaires, des artistes exceptionnels, des soirées sublimes. En minorité, certes, mais ils auront une telle importance et laisseront un tel souvenir que la renommée de Pleyel va perdurer au-delà de l'image anonyme sinon un peu fade que lui vaut son absence de direction artistique. Des artistes de la dimension de Yehudi Menuhin ont fait toute leur carrière parisienne à Pleyel où ils sont revenus fidèlement année après année

Tous les grands noms de la musique classique et du jazz ont été affichés à Pleyel. Vouloir les énumérer tous reviendrait à recopier un Dictionnaire des Grands Interprètes… (voir "Ils ont joué à Pleyel").

A la fin des années 70, le Crédit Lyonnais pense à transformer la Salle Pleyel en immeuble de bureaux. La direction des Monuments Historiques s'y oppose, menace de classer les bâtiments… et propose mieux : l'Orchestre de Paris est mal installé au Palais des Congrès ; pourquoi ne pas le recueillir après avoir fait des travaux de rénovation ?. La direction de Pleyel accepte, en 1980, ne sachant pas très bien ce que signifiaient les mots "orchestre en résidence"… La cohabitation qui durera vingt ans va s'avérer difficile, chaque partie refusant d'admettre les contraintes de l'autre, et le combat étant truqué entre un orchestre professionnel subventionné, et des banquiers peu au fait des us et coutumes du milieu musical.

En 1995 éclate "le scandale du Lyonnais". Pour combler une petite partie des pertes démesurées de la banque, il faut vendre tous les actifs non bancaires, et Pleyel est confiée au Consortium de Réalisation chargé de la liquidation des biens.

La vente a lieu en mai 1998. Certains souhaitent que l'Etat (donc le contribuable), rachète son propre bien pour renflouer ses propres pertes ; mais le ministre du budget a reçu des instructions de Bruxelles : il faut vendre au "plus offrant et mieux disant", sauf au secteur public.

C'est ainsi que l'industriel Hubert Martigny dont le dossier et le projet artistique répondaient à tous les critères, est devenu le nouveau propriétaire de Pleyel qui retrouvait, après plus de six décennies, la gestion d'une véritable entreprise privée.

Moins de deux ans plus tard, Hubert Martigny procédait au sauvetage des Pianos Pleyel et, en conséquence, à la réunification des Pianos et de la Salle après plus de 60 ans de séparation.

(voir "Les pianos Pleyel de 1927 à 2000").

 

Dossier sur la rénovation à télécharger 

Pleyel  une histoire tournée vers l'avenir

Arnaud Marion, Éditions de La Matinière

Programmation de la Salle Pleyel

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