Les travaux de construction (1925-1927) se déroulent en deux
temps c’est pourquoi on note un changement de parti observé en cours de
chantier pour la façade de l’immeuble.
Cette façade " est écrite comme une façade
publique avec son grand cadre de pierre, son grand entablement et l’échelle
majeure des grandes baies vitrées centrales " (François Ceria,
architecte du projet de rénovation de 2006).
" En plus l’artiste n’a eu d’autre souci
que d’équilibrer les pleins et les vides. Cela suffit à produire une très
noble et très classique ordonnance. Point de colonnes plaquées ni d’inutiles
sculptures, un revêtement uni de stuc roux dont les tons chauds s’opposent à
l’éclat des grandes vitres cernées de fers vernis en noir "
(René Chavance – Mobilier et Décoration. 1927).
Dès 1925, date à laquelle Gustave Lyon conçoit et démarre
le grand projet de la Salle Pleyel, il souhaite associer au lieu des artistes
contemporains pour la décoration pour en faire un lieu de modernité.
La grande salle, de forme ovoïde, se caractérise par une
pureté générale. La nudité des lieux, le plafond, immense voûte reliant d’un
seul jet l’arrière scène au sommet du second balcon, l’absence voulue de
toute recherche décorative surprennent.
" A quoi bon surcharger d’un inutile décor
une si sobre grandeur " écrit René Chavance.
Seul des panneaux peints latéraux de Jaulmes, le sol et les
sièges donnent une juste impression de chaleur " Une chaude
harmonie de tons, l’or qui couvre tout le vaisseau, le violet aubergine des
tapis et des sièges qui se répète dans les panneaux de M. Jaulmes, et c’est
assez "(René Chavance).
L’incendie du 19 juillet 1928 ravage l’ensemble de la
grande salle dont il ne reste aujourd’hui que la structure.
Dès sa conception, l’architecture est liée aux
impératifs acoustiques de la salle. C’est pourquoi la rénovation de la
grande salle va encore aujourd’hui dans ce sens. L’architecte et l’acousticien
ont travaillé ensemble pour élaborer le dessin de la nouvelle salle pour
retrouver " ce sentiment de surprise qui saisit tout d’abord à
contempler ce formidable vaisseau qui va en s’étrécissant et s’incurvant
vers la tribune d’orchestre et que ne soutiennent ni piliers, ni arcs, ni
voussures. Au vrai, on a l’impression de se trouver à l’intérieur d’un
prodigieux instrument de musique dont les lignes ont été méthodiquement
calculées pour guider au mieux les ondes sonores " (René
Chavance).
Cette conduite architecturale par l’acoustique sera
marquée par la création principalement d’une série de deux balcons
latéraux, d’un gradin en fond de scène, d’un plafond de scène remodelé.
Epuré, les tonalités chaudes seront tout de même
présentes par la rénovation du parquet en bois d’angélique, une scène en
chêne et un habillage du gradin en hêtre étuvé ; trois bois de nature
différente dans une tonalité unique s’intégrant avec une couleur générale
monochrome.
Si en 1927, on s’étonnait des ressources de l’éclairage, celui-ci
quelque 79 ans après permettra de parer la salle des atours nécessaires à son
élégance.
Si la grande salle a fait l’objet d’une
" réinvention " complète, le hall et sa rotonde n’ont
pas été atteints par l’incendie.
Malgré des remaniements successifs, le bâtiment, témoin de
son temps, abrite toujours des ferronneries de Subes, des médaillons de
Lebourgeois et des luminaires de Baguès.
C’est en accord avec les Bâtiments de France, que le hall
d’entrée et sa rotonde vont retrouver la beauté, la pureté, l’élégance,
l’ampleur et l’harmonie du style " Art Déco " dans son
aspect quasi originel.
Le vestibule d’entrée est restauré puisqu’il conserve
son aspect originel notamment par le sol marbré.
La rotonde qui permet par un habile jeu architectural de se
recentrer dans l’axe de la salle, retrouvera au sol sa mosaïque d’antan
reconstituée grâce aux photos conservés de celui-ci.
Cette rotonde retrouvera son ouverture vers un foyer au
dessus et une verrière reconstituée à l’identique prolongeant la grande
salle. Ce foyer recréé permettra d’accueillir le public dans un espace
complémentaire, vaste.
Ce foyer d’une décoration simple, avec un parquet de
teinte foncé, sera décoré par un artiste contemporain, écrivant ainsi une
suite logique à la volonté de faire signer par des grands artistes les grandes
étapes de sa vie.
Le vaste hall d’entrée qui prolonge la rotonde retrouvera
son éclat et sa brillance avec l’épure de ces colonnes et un éclairage
judicieux lui rendant son ampleur, son élégance et son harmonie.
Les ferronneries de Subes, les luminaires de Baguès, et les
médaillons de Lebourgeois déposés pour restauration retrouveront leur place
tandis que les comptoirs de vestiaires accueilleront une décoration
contemporaine.
Terminons avec les deux ascenseurs en bois qui mènent aux balcons, " ascenseur
larges comme des wagons " dira René Chavance .
 |

Ascenseur Monte Balcon |
|

|
Eléments
de décoration |
|

|
|