La belle histoire

L'histoire de Pleyel en vidéo

Ils ont forgé la légende Pleyel...

Nombreuses sont les célébrités historiques qui ont contribué à forger la légende de cette marque prestigieuse : compositeurs, écrivains, peintres, architectes, entrepreneurs, politiques, hauts dignitaires, aristocrates… Pour ne citer que les premiers d’entre eux...

Frédéric Chopin - César Frank - Charles Gounod - Claude Debussy - Edward Grieg - Frédéric & Arthur Kalkbrenner - Jules Massenet - Félix Mendelssohn - Giacomo Meyerbeer - Jacques Ofenbach - Maurice Ravel - Gioacchino Rossini - Arthur Rubinstein - Camille Saint-Saëns - Richard Strauss - Jacques Ibert - Marguerite Long - Famille Maupassant - George Sand - Eugène Scribe - Comtesse de Ségur - Alexis de Tocqueville - Léon Tolstoï - Ivan Tourgueniev - Eugène Delacroix - Famille Puvis de Chavanne - Ary Schefer - Horace Vernet - Viollet-Le-Duc - De Dietrich - Henry Lemoine - Ferdinand de Lesseps - Cognac Hennessy - Cognac Martell - Champagne Moët - Isaac Pereire - Louis Roederer - Famille Rothschild - Maréchal Exelmans - Comte Charles de Flahaut (Aide de camp de Napoléon Ier) - Patrice de Mac-Mahon - Victor Schoelcher - Prince Pierre d’Aremberg - Letizia Bonaparte (mère de Napoléon) - Jérôme Bonaparte (frère de Napoléon) - Prince François Borghèse - Prince Victor de Broglie - Prince de Clermont-Tonnerre - Duchesse de Crillon - Napoléon Joseph Ney (Prince de la Moskowa) - Prince Klemens de Mettenich - Madame Récamier - Jules Polignac (Prince du Saint-Empire) - Anna Pavlovna de Russie (Reine des Pays-Bas) - Dom Pedro Ier (Empereur du Brésil et Roi du Portugal) - Ferdinand-Philippe d’Orléans (Prince héritier de France) - Isabelle II d’Espagne (Reine d’Espagne) - Wilhelmine de Prusse (Reine de Hollande) - Elena Pavlovna de Russie (Majesté impériale) - Louis-Philippe (Roi des Français)...

Pierre-Auguste Renoir - Femme au piano (1876)
Pleyel modèle Romantica

La Belle Histoire

Manufacture et Salon Pleyel, 20-24 rue de Rochechouart en 1839

Le fondateur

Ignace Pleyel
IGNACE PLEYEL

Un musicien et un compositeur de talent

Si le nom Pleyel est aujourd’hui mondialement connu, peu de gens savent qui se cache derrière ce patronyme légendaire de la musique.

Ignaz Pleyel naquit le 18 juin 1757 à Ruppersthal en Basse-Autriche. Fils d’instituteur, le jeune homme fut très tôt remarqué pour ses talents de musicien par le comte Ladislaus Erdöly qui devint son mécène. Il put ainsi suivre de prestigieux enseignements et devenir notamment l’élève préféré de Joseph Haydn. Avec l’appui de son protecteur, Ignaz Pleyel fit de nombreux voyages en Europe, où il rencontra les principaux acteurs de la vie musicale de l’époque. 

En 1783, Ignaz Pleyel parvint à Strasbourg où il prit la direction de l’École de musique du prince de Rohan avant d’être nommé, en 1789, maître d’orchestre de la cathédrale de Strasbourg. Le musicien obtint ainsi le droit de bourgeoisie qui lui permit d’acquérir la citoyenneté française et de se rebaptiser Ignace.

Mozart : " Quel bonheur pour la musique "

Pendant les quinze dernières années du XVIII e siècle, Ignace Pleyel fut le musicien le plus populaire et le plus joué ; son talent était très largement apprécié par ses confrères, au premier rang desquels figurait Mozart qui déclara à son propos : Quel bonheur pour la musique !

En couronnement de cette notoriété, Pleyel enchaîna une série de concerts à Londres en 1792 en compagnie de son maître Joseph Haydn. Les deux virtuoses étaient au sommet de leur art. Alors que la Révolution française battait son plein, les meilleurs artistes français étaient sollicités pour célébrer ces temps nouveaux de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ce fut à cette occasion qu’Ignace Pleyel composa l’Hymne à la liberté en 1791 puis La Révolution du 10 août en 1793. Et tandis que les compositeurs révolutionnaires étaient nommés professeurs au tout nouveau Conservatoire, Ignace Pleyel préféra s’établir avec sa famille dans le quartier de la Chaussée d’Antin à Paris, où il fonda une maison d’éditions musicales.

Estampille Ignace Pleyel 1809
Estampille en marqueterie
sur un piano carré de 1809
Ignace Pleyel
Guitare lyre Pleyel de 1809

Un talent au service de son art

En 1797, Ignace ouvrit une modeste boutique d’éditions musicales à Paris. Il commença évidemment par publier ses œuvres mais aussi celles de Haydn, Mozart, Beethoven ou encore Boccherini.

Débordant d’idées, il inventa peu de temps après, la partition de poche. Sa collection à bas prix en format de poche s’appelait " Bibliothèque musicale ". Des changements de mode dans la musique poussèrent Ignace Pleyel à mettre en sommeil sa carrière de musicien pour se consacrer à son métier d’éditeur. Mais très vite il étoffa ses activités en développant la vente d’instruments divers, notamment des harpes, des guitares et des pianos.

1807, les premiers Pianos Pleyel

Pour fabriquer ses propres pianos, Ignace Pleyel s’associa à Charles Lemme qui possédait un atelier à Paris. Pleyel s’installa dans ses propres locaux fin 1807. De plus en plus absorbé par sa manufacture, il se libéra en 1809 de sa maison d’édition. Malheureusement, peu de temps après, la vente d’instruments traversa une profonde crise et il peina à vendre ses instruments.

Sans l’aide financière de ses amis musiciens comme Kalkbrenner, Rossini ou encore Méhul, les pianos Pleyel auraient eu une existence extrêmementbrève. En 1824, son fils Camille le rejoignit pour assurer le relais sur l’ensemble des activités commerciales de l’entreprise. Ignace Pleyel se détacha peu à peu de la vie musicale avant de se retirer dans sa maison de Somereau près de Paris.

Une dynastie de musiciens

Ignace Pleyel
CAMILLE PLEYEL

Camille Pleyel, un musicien qui émerveille Chopin

Né en 1788 à Strasbourg, Camille Pleyel fut d’abord l’élève de son père avant de recevoir les enseignements du virtuose Jan Ladislav Dussek.

Musicien et concertiste de talent, Camille fit de nombreux voyages à travers l’Europe et il fut notamment remarqué à la cour du roi d’Angleterre. Moins prolifique que son père en matière de composition, Camille se révélait néanmoins meilleur musicien.

Son ami Frédéric Chopin disait d’ailleurs de lui : Il n’y a plus aujourd’hui qu’un seul homme capable de jouer Mozart, et c’est (Camille) Pleyel. Quand il veut bien exécuter une sonate à quatre mains avec moi, je prends une leçon.

Un nouvel élan pour les pianos Pleyel

En 1824, âgé de trente-cinq ans, Camille rejoignit son père dans l’aventure des pianos Pleyel. Il avait profité de ses nombreux voyages pour visiter des manufactures comme Broadwood et il s’en inspira pour perfectionner ses propres pianos. Dès 1825, ses travaux de recherches et ses innovations permirent à la Maison de se développer.

Mais Camille disposait d’un autre atout non négligeable : ses relations et ses amitiés avec les grands musiciens de l’époque. Kalkbrenner, qui avait déjà aidé son père, devint son associé dès 1824, tandis que d’autres artistes à l’instar de Cramer, Moscheles ou encore Frédéric Chopin, faisaient la promotion de la marque dans le monde entier. Ainsi, rapidement après son entrée, la Maison connut-elle un formidable essor et acquit une renommée internationale.

Estampille Ignace Pleyel 1809
Plaque apposée sur les pianos Pleyel au milieu du XIXème siècle

Une obsession : perfectionner ses instruments

Dirigée par des musiciens passionnés, la Maison Pleyel sut toujours dialoguer avec les artistes de son temps en les associant à ses innovations. Souvent visionnaires, elles devinrent néanmoins des classiques. Dès 1825, Pleyel père et fils déposèrent un brevet pour la fabrication de " pianos unicordes " (une seule corde par note au lieu des deux ou trois habituelles).

En 1827, ils présentèrent leurs pianos à l’Exposition Nationale de Paris et obtinrent une médaille d’or, devenant dès lors les fabricants de pianos à queue attitrés de Louis-Philippe, duc d’Orléans et futur roi de France.

D’autres inventions s’ensuivirent : perfectionnement du sommier d’accroches afin de pallier les désagréments subis par les cadres en bois, brevet en 1828 d’un procédé de sommier dit " prolongé " qui améliorait sensiblement la sonorité, mise en place de plusieurs systèmes de renforts, brevet de placage à contre-fil de la table d’harmonie…

Piano carré 1813
Piano carré Pleyel n°182 de 1813,
ayant appartenu à Letizia Bonaparte

Une nouvelle ère s’ouvre

Le 14 avril 1829, la santé d’Ignace Pleyel s’étant altérée, le père et le fils réglèrent la succession et fondèrent avec leur fidèle ami et pianiste de renom Friedrich Kalkbrenner la " Société Ignace Pleyel et compagnie ", une entreprise qui fabriquerait, vendrait et louerait des pianos.
Un second acte concernant uniquement les éditions musicales fut également établi.

A partir de cette date, Kalkbrenner fut financièrement associé à toutes les réalisations menées par la Maison Pleyel, et ce jusqu’à sa mort en 1849. Ces opérations concernaient l’achat des terrains de la rue Cadet et de la rue de Rochechouart, l’édification de bâtiments,
l’aménagement des salons de concerts... : une nouvelle ère s’ouvrait.

L’ambassadeur de prestige

Portrait de Frédéric Chopin
FRÉDÉRIC CHOPIN
Peinture de George Sand et Frédéric Chopin sur un piano Pleyel
Frédéric Chopin, George Sand, Pleyel (Adolf Karpellus)
Une grande histoire d’amour !

Les artistes, la meilleure promotion pour la marque

En cette première moitié du XIX e siècle, la vie musicale parisienne battait son plein. Le 1 er janvier 1830, Camille Pleyel organisa le premier concert public interprété sur un piano Pleyel, inaugurant ce qui allait devenir une coutume : présenter les pianos au public à  l’occasion de concerts.

S’entourer d’artistes, découvrir des talents et les produire avec leurs instruments devenaient ainsi l’une des caractéristiques de la Maison Pleyel. Camille considérait comme complémentaires à son industrie ces manifestations musicales au cours desquelles le public pouvait apprécier et juger des qualités sonores des instruments qu’il vendait.

Les premières salles de concert au monde

En 1830, il n’existait pas à proprement parler de salles de concert mais des locaux sommairement aménagés. Rapidement, ces salles ou foyers furent dénommés " salons " à l’instar des salons littéraires du siècle des Lumières.

Ce fut dans ce contexte que Camille inaugura le 1 er janvier 1830 ses fameux salons, situés au 9 de la rue Cadet. Ils allaient devenir un haut lieu de la vie musicale parisienne où de nombreux virtuoses se firent entendre pour la première fois. Camille ouvrit ainsi ses portes à tous les artistes étrangers de passage à Paris : Cramer, Steibelt, Moscheles, Hummel, John Field. Les salons de la rue Cadet préfiguraient ce qui allait devenir la toute première salle au monde dédiée à la musique. Située au 22, rue de Rochechouart, et financée grâce au commerce des éditions musicales, elle abritait quelque 550 places assises.

1831 : un tournant dans la vie de Camille

L’année 1831 marqua un tournant dans la vie de Camille. Le 17 novembre, Ignace Pleyel disparut, laissant derrière lui une œuvre de compositeur importante. Il fut enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris. 

Peu avant le décès de son père, Camille avait épousé Marie Mock, précédemment fiancée à Berlioz. Cette concertiste, virtuose accomplie, réputée à travers toute l’Europe, lui ouvrit les portes des salons romantiques. Conséquence de ces changements, une ère nouvelle pouvait s’ouvrir. Particulièrement à l’écoute des courants artistiques, le jeune homme aimait à surprendre et à se démarquer du classicisme de ses concurrents.

Pleyel et Chopin, indissociables

Camille Pleyel fit la connaissance de Frédéric Chopin à l’automne 1831 et ce fut dans les salons Pleyel de son ami Camille qu’il donna son premier concert le 26 février 1832. Devant un parterre de grands pianistes parisiens et de chroniqueurs musicaux réputés, le succès fut immédiat.

Le succès ne le quittera plus jusqu’à sa mort mais Chopin resta fidèle à son ami Camille et aux pianos Pleyel dont le toucher se mariait parfaitement à son jeu, tantôt aérien et raffiné, parfois d’une violence mesurée.

" Quand je me sens en verve et assez fort pour trouver mon propre son, il me faut un piano de Pleyel ", aimait à répéter Chopin.

Camille devint ainsi le fournisseur attitré de Chopin qui donnera en retour tous ses concerts publics parisiens dans les Salons Pleyel. Il y fit salle comble jusqu’à sa toute dernière prestation, quelques mois avant sa mort, survenue en 1849.

À la conquête du monde

Ignace Pleyel
Pianino Modèle George Sand - 1837
Ignace Pleyel

L’amélioration continue des pianos

Si Camille entendait offrir aux musiciens un lieu de production digne de ce nom, il continua parallèlement à accorder une grande attention à l’amélioration des instruments qu’il produisait.

Il fut ainsi le premier à oser utiliser un cadre métallique pour ses pianos. Il transforma peu à peu la facture du piano de manière à répondre aux exigences nouvelles des compositeurs.

Pour obtenir des sonorités puissantes et riches, indispensables à certaines œuvres romantiques, il choisit de poser des barrages en fer dans les pianos à queue, qui par leur meilleure résistance offraient un plus grand volume sonore.

Il veilla également à donner au clavier une parfaite égalité. Camille ne cessa de déposer des brevets. Il introduisit en France le piano droit, perfectionna sa fabrication en inventant le son dit " prolongé ".

Des pianos pour tous

En 1838, il proposa un piano à queue de petit format (demi-queue) dont le son et le timbre restaient comparables aux grands modèles.

Soucieux de permettre à tous de travailler sur un piano Pleyel, il conçut dès 1839 un modèle d’étude carré à deux cordes et six octaves, d’excellente facture, très solidement construit et au prix très accessible.

Conscient d’entrer dans une période déterminante pour sa Maison en concurrence sévère avec celle d’Erard, Camille commercialisa ses petits pianos droits, les célèbres pianinos.

En 1855, les ateliers occupaient 350 ouvriers et produisaient 1400 pianos par an.

Dès les années 1830-1835, Camille chercha à développer sa fabrique de pianos. Pour ce faire, il partit à la conquête d’une nouvelle clientèle en s’essayant au marché international, jusqu’ici dominé par les Anglais.

Estimant un débouché possible à son négoce, il soigna particulièrement la fabrication des instruments destinés aux pays étrangers, adaptant et modifiant leur construction en fonction des conditions climatiques auxquelles ils pouvaient être soumis.

Très vite, ses efforts furent couronnés de succès. On trouvait, dit un journal de l’époque, des pianos Pleyel non seulement dans les principales villes d’Europe, mais aussi à la Nouvelle-Orléans, en Colombie, au Chili, au Pérou, au Brésil, aux Indes et même en Australie.

Ignace Pleyel

La reconnaissance de ses pairs

Ces quelques lignes, relevées en 1830 dans la Gazette musicale, témoignent de l’avancement des recherches et des découvertes de la maison Pleyel à cette époque :

" La réputation des pianos de MM. Pleyel est désormais faite dans le monde et parmi les artistes. Sous le rapport de la qualité du son, ces instruments ne laissent rien à désirer et me semblent même l’emporter sur les pianos anglais, qui furent longtemps un modèle de fabrication.

MM. Pleyel ont encore trouvé le moyen d’améliorer leurs produits en changeant le système des claviers et en leur assurant de la légèreté. " Une époque au cours de laquelle la maison Pleyel multiplia les récompenses notamment les médailles d’or à l’Exposition Nationale de Paris. Camille n’était pas en reste et avait été promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur en 1834.

Le 4 mai 1855, Camille décéda " au milieu d’un véritable succès industriel ", comme l’écrivit le journal L’Illustration. Il reçut sa dernière récompense à titre posthume : une médaille d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris la même année.

L’industrialisation

Gravure d'Auguste Wolff
AUGUSTE WOLFF

Un entrepreneur d’exception

Associé à Camille Pleyel dès 1853, Auguste Wolff prit la direction de la Maison en 1855. A l’instar des Pleyel, il était également issu d’une famille de musiciens. Né à Paris en 1821, Wolff était un compositeur talentueux et un excellent musicien, premier prix de piano au Conservatoire de Paris en 1839. Il fit montre de toutes les qualités d’un entrepreneur actif, ce qui lui permit de prolonger l’œuvre des Pleyel. Il fut un facteur de pianos d’exception et contribua grandement au développement de l’entreprise, notamment par l’ingéniosité et la qualité de ses innovations.

Une vaste usine à Saint-Denis

En 1865, afin d’accompagner le développement commercial retentissant de la Maison, les ateliers de fabrication Pleyel furent transplantés à Saint-Denis. On y érigea une vaste usine de 55 000 mètres carrés. Celle-ci comprenait des ateliers équipés de machines à vapeur, de grandes zones de stockage pour entreposer les matériaux en provenance du monde entier et des bureaux destinés à la direction.

Les progrès de la technique industrielle dus au développement des machines à vapeur et de la dynamo électrique, permirent de produire un nombre d’unités jamais égalé, avec un pic en 1866, année au cours de laquelle 3 000 pianos sortirent de l’usine.

Dessin du piano n°3 bis
N°3 bis, piano ½ queue à cordes croisées,
sommier et barrage en fer

De facteur de pianos à industriel

Auguste Wolff sut tirer parti de la révolution industrielle et adapta la mécanisation à son outil de travail. Wolff fit preuve d’une grande rigueur entrepreneuriale, mais se révéla aussi humaniste et visionnaire. Conscient de la difficulté à gérer un personnel très important pour l’époque (jusqu’à huit cents personnes pouvaient travailler sur le site), Wolff s’intéressa également aux nouvelles conditions de travail inhérentes au progrès technique et sut mettre en place des mesures sociales novatrices.

Un gigantesque laboratoire de recherche

Dans cette usine moderne, des entrepôts plus vastes et des laboratoires de recherche contribuèrent également à la qualité des instruments qui sortaient des ateliers. Bois, métaux, feutres et vernis étaient testés au sein même de l’usine. Wolff veillait à ce que les métaux utilisés sur ses pianos soient façonnés et expérimentés sur place. Le choix minutieux des matières premières demeurait une condition indispensable à une parfaite fabrication en série.

Gravure de la manufacture Pleyel
La Manufacture Pleyel à Saint-Denis vers 1870

Une technicité sans équivalent

Les progrès techniques, la qualité de l’usine et la volonté de tous firent que les pianos Pleyel ne cessèrent de se perfectionner. Les diverses innovations n’étaient guidées que par la qualité finale, la fiabilité du piano et surtout le son qu’il déployait. Parmi les innovations du milieu du XIX e siècle, on peut citer : la création du piano pédalier (adaptation des pédaliers qu’on trouvait sur les orgues), le clavier transpositeur indépendant et adaptable à tous les pianos (clavier mobile qui se superpose au clavier ordinaire), la pédale tonale sur le piano à queue, l’amélioration du double échappement…

L’utilisation des cordes parallèles et croisées, l’attention accordée aux tensions et une sélection pointue des matériaux permirent de donner plus de résistance et de légèreté aux barrages. Wolff remplaça le cadre en bois par un cadre en fonte afin de conférer une sonorité fine et délicate aux pianos. Couronnement de toutes ces innovations, une médaille fut décernée à la Maison Pleyel lors de l’Exposition Universelle de Londres en 1862.

L’âge d’or

Gravure de Gustave Lyon
GUSTAVE LYON

Pleyel, le son " à la française "

A la suite de la disparition d’Auguste Wolff, Gustave Lyon prit les rênes de la Maison Pleyel. Né en 1857, Lyon était un ancien élève de l’Ecole Polytechnique et détenait un diplôme d’ingénieur des Mines. Musicien accompli, lui aussi, il utilisa ses connaissances scientifiques pour améliorer la qualité des pianos et découvrir les secrets de l’acoustique.

L’une de ses premières innovations fut de doter les pianos d’un cadre métallique en acier spécial – le fameux " acier Pleyel ", un métal spécifique moins carburé, coulé d’une seule pièce et non assemblé.

Ses inventions lui valurent un prix d’honneur à l’Exposition Universelle de Paris de 1889, date à laquelle la Maison Pleyel produisit son 100 000e piano. Un titre de gloire exceptionnel car Pleyel fut le premier fabricant de pianos au monde à atteindre ce nombre.

Au tournant du nouveau siècle, la marque Pleyel conservait ses inconditionnels. Ce fut en effet sous la houlette de Lyon que les pianistes purent adopter le fameux son Pleyel, incarnant " le son à la française " grâce à ses couleurs romantiques singulières. Les Pleyel présentaient les caractéristiques d’une grande légèreté, d’une rondeur, d’une puissance des graves et d’un scintillement des aigus tels qu’ils déployaient une réelle harmonie. Le son des pianos Pleyel sut séduire toute la jeune génération d’alors, composée de musiciens russes pour l’essentiel.

En 1907, Gustave Lyon organisa un concert en leur honneur à la Salle Pleyel de la rue de Rochechouart. Camille Saint-Saëns, promu par la Maison Pleyel quand il avait onze ans, organisa l’événement qui rassembla de prestigieux pianistes : Rimsky- Korsakov, Rachmaninov ou encore Wanda Landowska.

Descriptif du modèle F
Descriptif du modèle P

Les modèles P et F

L’apogée de la maison Pleyel se situa dans les années 1925-1930, époque où furent créés de prestigieux modèles.

Lyon est en effet l’inventeur du célèbre piano droit baptisé " modèle P ", que le spécialiste Jean-Jacques Trinques a surnommé " le roi des droits ", et du mythique " modèle F ", un quart de queue inspiré du célèbre modèle " 3 bis ".

Grandeur...

La salle Pleyel

La salle Pleyel

Non content de fabriquer des pianos, Gustave Lyon était également fasciné par l’acoustique des salles de concert à une époque où le son relevait plus de l’empirisme que de la science. Lyon devint un spécialiste de l’acoustique des auditoriums et ses recommandations furent régulièrement suivies par les architectes.

La construction de la Salle Pleyel en 1927, rue du Faubourg Saint-Honoré, à Paris, marqua l’apothéose de cette dynastie. Cet imposant édifice dédié à la musique présentait à son ouverture une capacité de 2 600 places, devenant ainsi l’un des trois plus prestigieux auditoriums du monde, au côté du Concertgebouw à Amsterdam et du Carnegie Hall à New York.

Ce temple de la musique classique et du jazz accueillit pendant de longues années les plus grands artistes de la planète.

...et décadence

La crise de 1929

Mais la crise de 1929 va annoncer, avec un dépôt de bilan en 1933, une longue décadence qui se termine tristement en 2013 par la fermeture de l’atelier de production de Saint Denis, dernière survivance désespérée d’une grandeur passée, qui ne produisait d’ailleurs au compte-goutte que quelques exemplaires pour une riche clientèle plus à la recherche de pièces uniques de designers célèbres que de véritables instruments.

La Renaissance

Gérard et Benjamin Garnier

En 2017, Gérard Garnier et son fils Benjamin décident de faire renaître le phénix de ses cendres.

Malgré son naufrage, la marque est restée iconique, et nos intrépides entrepreneurs, à la tête du groupe Algam, l’un des leaders mondiaux de la distribution et fabrication d’instruments de musique, vont prendre tout leur temps pour éviter de retomber dans les erreurs du passé. Grâce à un solide réseau international de partenaires industriels mais aussi grâce à quatre longues années de recherche et de mise au point, les premiers prototypes qui sortent de l’Atelier Pleyel de Nantes reçoivent les applaudissements du monde pianistique. Mais il ne suffisait pas de retrouver le fameux timbre cristallin mais également moelleux qui faisait le bonheur de Chopin dans l’intimité des salons. Il fallait également doter les Pleyel du XXI ème siècle de la puissance et d’une parfaite homogénéité des registres, en mariant le son à la française avec une brillance plus orchestrale et une grande fiabilité du toucher pour faire chanter l’instrument, afin de les voir retrouver leurs places parmi les grandes marques mondiales.

Après plusieurs décennies d’errance, la renaissance de Pleyel marque le retour dans le monde du piano de l’élégance à la française.

Yves Henri testant un piano Pleyel

Le renouveau de Pleyel, un challenge passionnant

Comme beaucoup de musiciens, j’ai toujours espéré que Pleyel renaîtrait. C’est pourquoi, lorsque j’ai appris que, dans une discrétion absolue, une équipe de passionnés se préparait à faire sonner à nouveau des pianos sous la marque Pleyel, j’ai été à la fois intrigué, curieux, inquiet aussi, au point que je ne pouvais attendre davantage sans savoir ce qui se préparait concrètement. Une première visite m’a permis de faire connaissance tout à la fois des responsables du projet et des premiers pianos demi-queue en cours de développement. Je ne sais qui, d’eux ou de moi, était le plus inquiet quand j’ai posé les mains sur le piano. C’était un moment très intense et qui restera dans nos mémoires, car nous nous posions tous la question, Gérard et Benjamin Garnier qui ont voulu faire renaître la marque, Patrick Horn-Wegner qui a développé cet instrument et moi qui avait en mémoire la sonorité Pleyel : cet instrument allait-il répondre à nos espoirs ? Les minutes qui ont suivi nous ont convaincus. L’ADN Pleyel était bien là. Il chantait d’une belle voix lumineuse et claire.

Yves Henry

Pianiste concertiste - 1 er Grand Prix du Concours International Robert Schumann
Professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris
Président du Nohant Festival Chopin

Conception française

Conception des mécanismes

Conception

La conception des pianos Pleyel conjugue les technologies d’aujourd’hui avec le savoir-faire traditionnel des facteurs de pianos. Les milliers de pièces de chaque piano sont modélisées en 3D à l’aide de Solidworks, le puissant logiciel développé par Dassault Systèmes. Le cahier des charges et les plans ainsi réalisés à Nantes permettent à chaque modèle de bénéficier d’une technologie d’avant garde au service du merveilleux son Pleyel.

Sélection des matériaux

Toujours fidèle à sa tradition d’excellence, Pleyel, pour la fabrication de ses pianos, se montre d’une grande exigence dans le choix des composants et la sélection des matériaux :

Pour toutes ses tables d’harmonie, qui donnent son âme au piano, Pleyel utilise de l’épicéa de premier choix du Val de Fiemme en Italie, réputé pour ses exceptionnelles facultés vibratoires, qui a la capacité d’amplifier l’émotion musicale et de donner une plus grande puissance à l’instrument.

La mécanique est réalisée selon les dessins et les spécifications de Pleyel, garantissant ainsi le plus haut niveau de performance et de fiabilité. Pleyel utilise des claviers réalisés en bois d’épicéa de première qualité procurant une très haute résistance aux variations hygrométriques. Ces claviers sont particulièrement appréciés pour leur confort et leur précision dans l’exécution.

Le cadre en fonte, véritable " colonne vertébrale " de l’instrument, sur lequel les cordes exercent une pression pouvant aller jusqu’à 20 tonnes, est contrôlé avec minutie : perfection du moulage, exécution soignée de sa surface, cycle
de maturation et vérification stricte des cotes.

Tous les pianos Pleyel intègrent des cordes de marques allemandes réputées Hellerbass pour les cordes basses et Röslau pour les cordes médium-aigus, afin d’assurer la meilleure sonorité, tout en apportant stabilité et durabilité
de l’accord. Les modèles Trocadéro, quant à eux, bénéficient des cordes basses Paulello filées argent.

N’utilisant que des matériaux de très grande qualité, Pleyel sélectionne les différentes essences et qualités de bois avec un soin tout particulier. Du stockage à la découpe, du taux d’hygrométrie à l’assemblage, chaque étape concernant le travail du bois fait l’objet d’un contrôle précis de qualité.

Design via un logiciel CAO

Production internationale

Comment Pleyel pouvait-il reconquérir le marché mondial du piano ?

Après la triste fermeture en 2013 des derniers ateliers Pleyel en France, cette question fondamentale s’est posée pour pouvoir envisager la renaissance de cette marque mythique.

De longs mois de recherche étayés de statistiques de ventes mondiales laissèrent Gérard et Benjamin Garnier profondément perplexes. Il fallait à la fois accepter que le monde du XXI ème siècle n’était plus celui du XX ème
et encore moins celui du XIX ème, et en même temps, il n’était pas question d’accepter le moindre compromis en ce qui concerne le respect intégral de la qualité Pleyel, particulièrement celle de son âge d’or. Il fallait donc concilier qualité Pleyel, production quantitative et placement de prix concurrentiel afin d’être compatible avec la nouvelle dimension du
marché international.

Où fabriquer les pianos Pleyel afin d’assurer cette reconquête ?

Il se vend aujourd’hui environ 4 500 pianos neufs en France par an, tandis qu’il s’en vend 350 000 en Chine, sans compter les autres pays asiatiques.
Qui plus est, il y a 30 à 40 millions de jeunes chinois qui apprennent le piano. Ces chiffres édifiants démontrent que le monde d’aujourd’hui n’a plus rien de comparable à celui de Camille Pleyel qui fabriquait à Paris des pianos pour l’élite occidentale.

En considérant ces données, que ce soit d’un point de vue écologique aussi bien qu’économique, un seul choix s’imposait : il fallait produire localement.

Pour mettre en oeuvre ce projet devenu une évidence, plusieurs années furent nécessaires. Il fallait, en effet, trouver un terrain d’entente entre de solides partenaires industriels français, allemands, italiens, sud-coréens, indonésiens et chinois afin de respecter un cahier des charges rigoureux.

Si les collections Art&Design et Haute Facture conjuguent le Made in France au Made in Germany, la série P quant à elle est assemblée en Indonésie dans une usine où le savoir-faire remarquable en matière d’ébénisterie porte haut les couleurs de la marque française de légende. Mais, elle bénéficie surtout d’un ensemble harmonique, l’âme de Pleyel, produit dans l’usine Pleyel à Ningbo. Cette série P propose un extraordinaire rapport qualité-prix permettant à tout pianiste exigeant d’acquérir un instrument à la sonorité emblématique.

Usine Pleyel de Ningbo

Finition française

Stabilisation

Dès réception des pianos semi-finis à l’atelier Pleyel de Nantes, ceux-ci sont déballés et placés dans un environnement rigoureusement contrôlé en hygrométrie et température afin de se stabiliser. Après au moins trois mois de stabilisation,  les procédures de réglage, d’accord et d’harmonisation par nos techniciens experts vont progressivement apporter aux pianos Pleyel la fameuse sonorité française emblématique de la marque.

Réglage et accord

À l’atelier Pleyel de Nantes, nos techniciens vont effectuer un réglage précis de la hauteur de chaque touche, ainsi que de la profondeur d’enfoncement, afin d’obtenir un parfait équilibrage du clavier et ainsi un toucher fluide et agréable. Ils vont également veiller au contact optimal des têtes de marteaux avec le plan de cordes.

Quatre accords sont réalisés pour chacun des pianos Pleyel : le premier au contrôle réception, le deuxième après  réglage, le troisième après harmonisation de finition et le quatrième accord préalablement à l’expédition du piano au départ de Nantes.

Harmonisation de finition

Le réglage du timbre, appelé " harmonisation " ou " intonation ", est le point ultime de la préparation du piano : c’est l’étape qui va lui donner sa sonorité, son timbre, sa richesse harmonique. L’harmonisation consiste à agir sur la texture du feutre des têtes de marteaux, en les assouplissant ou en les durcissant. Le technicien Pleyel va ainsi moduler la couleur musicale du piano par un travail de positionnement, d’ajustement et d’orientation des réglages, de ponçage puis piquage des feutres de marteaux. C’est une opération longue et minutieuse, totalisant pour chaque piano de nombreuses
heures rien que pour l’harmonisation dans l’Atelier Pleyel.

Polissage et contrôle final

Un piano doit être beau musicalement mais aussi esthétiquement ainsi la dernière étape de ce processus de préparation consiste en la reprise complète de la finition du meuble. Chaque instrument est inspecté minutieusement, toutes les traces, rayures et imperfections sont effacées puis la laque est entièrement polie. Enfin, une fine couche de protection à base de cire est appliquée sur l’ensemble du meuble afin de garantir au piano une protection durable contre les petites agressions qui pourraient dénaturer sa brillance.

Usine Pleyel de Ningbo